Vos témoignages de vie

  • Anonyme

    Viol et violences physiques sur mineure de moins de 15 ans par ascendant légitime

    Viol et enfance battue par un père alcoolique et violent

    Si je présente ici même mon témoignage, c’est pour aider ceux et celles qui ont "subi" comme moi des maltraitances infantiles. Âgée de 10 ans, j’ai été battue et violée par mon père, violent et alcoolique. Il a commencé par des explications ludiques sur les cycles menstruels et en a abusé en faisant de moi son objet sexuel. Soumise et écrasée par l’autorité parentale de celui-ci, je pensais qu’à cet âge-là, que c’était normal, que cela faisait partie de l’éducation. Ma mère n’a jamais eu connaissance de ce qu’il se passait à l’instante des viols. Mon père agissait toujours en conséquence, ses actes prémédités, étaient minutieusement préparés, calculés, de façon à ce que personne dans le foyer, ne se doute de quoique que ce soit. Le calvaire des viols s’est arrêté au début de mon adolescence, mais les violences physiques ont pris le dessus sur la continuité de la maltraitance infantile. Les coups reçus, allaient jusqu’aux coups de poings, aux portes des armoires arrachées, mon lit,  jetés sur mon corps d’adolescente. À deux reprises, ma mère et mes frères ont dû intervenir pour m’arracher des griffes de mon bourreau. Ce n’est qu’à l’âge de 20 ans que j’ai pu en parler, mais je n’avais pas les épaules assez solides pour faire éclater la vérité. Celui-ci m’ayant fait du chantage affectif et menacé de se tuer. Ma mère consciente du changement du comportement de mon père, m’a accusé à tort de lui avoir fait "encore" du mal. Les enfants qui subissent des maltraitances infantiles, sont généralement étiquetés d’enfant "caractériels" ou "trop sensibles" ou encore "trop émotifs" stigmatisés par les membres du foyer, l’entourage et la société. Personne ne comprend dans ces moments-là, pourquoi la victime se tait et ne réagit que bien des années plus tard. Dans certains cas, les victimes restent muettes et emportent leur secret jusque dans la tombe. Un enfant est pris au piège sous l’autorité parentale ou d’un subordonné. Ce qui le met dans une position inférieure, qui n’a pas d’autre choix que de se taire et d’obéir ; sous les menaces, les chantages et les fameuses phrases du genre "ça restera notre secret, c’est notre petit jeu rien qu’à nous deux, si tu le dis, je te tuerais ou je tuerais tes proches ... Ce n’est qu’en grandissant, que les symptômes posts traumatiques apparaissent à l’âge adulte, des comportements qualifiés anormaux voir irrationnels. Dans mon cas, toute mon adolescence, mon début de vie d’adulte et de femme, ont été un véritable calvaire.

    • Terrorisée de prendre le bus pour aller au collège et au lycée
    • Les relations avec les petits copains étaient rares et extrêmement compliquées
    • Les relations avec mes camarades de classe collège et lycée extrêmement compliquées
    • Le contact avec la foule me terrorisait
    • La peur au ventre de me faire agresser dans le bus, la foule, dans la rue, même chez moi
    • Terrorisée à faire de nouvelles connaissances, des amis (ies)
    • Professionnellement, une horreur, pour trouver sa place et la peur du contact avec la clientèle
    • Des tentatives de suicide à répétitions
    • Des cauchemars toutes les nuits pendant des années
    • Des insomnies toutes les nuits pendant des années
    • La descente aux enfers avec la boulimie
    • L’auto mutilation : scarifications, s’arracher la peau sous la plante des pieds
    • Se sentir comme un déchet, une erreur de la nature, ne pas trouver sa place sur cette terre
    • Se sentir : sale, souillée, humiliée, trahie, un morceau de viande, un objet sexuel, vide ...
    • Des antidépresseurs, somnifères et anxiolytiques en tout genre ...
    • Et autant de choses qui ont eu un impact négatif et destructeur, assez conséquent sur ma vie d’adulte ...

    Si je présente ici même mon témoignage, c’est pour aider ceux et celles qui ont "subi" comme moi des maltraitances infantiles. N’ayez pas peur d’en parler, de vous défendre et de faire condamner le coupable, si besoin. Vous n’êtes en aucun cas "responsable", nous n’êtes en aucun cas "coupable" c’est votre bourreau qui l’est ! Ce n’est qu’à mes 24 ans, où j’ai débuté ma "reconstruction", ma "reconnaissance en tant que victime" et ma "renaissance". Mon parcours a débuté par un "déclic" qui m’a poussé dans un geste de désespoir à contacter un numéro vert pour les enfants battus (dont j’ai oublié le numéro de téléphone). Ils ont écouté mon histoire et m’ont dirigé vers l'APERS Association aides aux victimes. Très rapidement, j’ai eu un rendez-vous avec la psychologue et la juriste du service. Elles m’ont prise en charge, guidée sur deux possibilités pour que je m’en sorte. Laver le linge sale en famille, en instaurant une thérapie familiale de groupe collective et individuelle pour moi ; ou bien lancer une procédure judiciaire criminelle. La première proposition n’ayant rien donné, malgré toute ma bonne volonté, la procédure judiciaire pour crime devait être lancée. Je tiens à préciser que la psychologue et la juriste, ne m’ont pas lâchée dans la nature. Elles m’ont bien expliqué le déroulement et les conséquences de la piste judiciaire. Dans la majorité des cas, 90 % des victimes se retrouvent seules, l’entourage, y compris sa famille, tournent le dos à la "victime" et soutiennent le "bourreau". Ce qui fût mon cas. Ensuite, elles m’ont accompagnées, dirigé vers une psychologue deux fois par semaine et une psychiatre une fois par mois dans un Centre Médico Psychologique. Ensemble, nous avons trouvé l’avocate qui me sauvera la vie. C’est à ce moment-là, une fois le suivi posé et en place, que la procédure a été lancée. Celle-ci a duré 3 ans.

    • Psychologue APERS
    • Juriste APERS
    • Psychologue APERS + Juriste APERS
    • Psychologue CMP + Psychiatre CMP
    • 1e entretien avec mon avocate, procédure lancée, je suis ses instructions
    • RDV commissariat pour dépôt de plainte avec les documents et justificatifs de l'APERS + CMP
    • 1e convocation au commissariat, le commissaire me réinterroge sur les faits
    • 2e convocation seule avec le commissaire 30 min voir 1 h suivie d’une confrontation avec mon père (très éprouvante pour moi)
    • Lui et moi dans la même salle, un gars placé derrière nous, prêt à intervenir si mon père se jette sur moi
    • Ma première victoire : tout lâché, pleurs, sanglots et tremblante où j’ai dit à mon père devant le commissaire : "c’est fini, je n’ai plus peur de toi, tu m’as tout pris ma vie, mon enfance, mon adolescence, ma vie de femme, tu ne me prendras pas le reste, tu ne me feras plus jamais de mal"
    • Mon père a été reconvoqué puis mis en garde à vue pendant 72 heures, entendu par le parquet, le procureur de la république, puis relâché
    • Non-lieu : c’est le témoignage d’une personne qui relancera la procédure
    • Expertises psychologiques et psychiatriques pour mon père et moi, séparément
    • Convocations aux audiences au tribunal de grande instance
    • Mon père fait appel sur appel
    • Renvoi devant le tribunal correctionnel
    • La procédure durera 3 ans durant laquelle, je serai suivie 2 fois par semaine par la psychologue du CMP + 1 fois par mois par la psychiatre du CMP ; avec un traitement lourd d’antidépresseurs, somnifères et anxiolytiques. Le sevrage s’est fait progressivement, 1 an avant la décision de la chambre des appels correctionnels de la cour d’appel
    • Cours d’appel du tribunal de grande instance en correctionnelle

    Durant toute la procédure j’ai subi de multiples pressions venant des membres proches de ma famille

    ​​​​​​​Dernière convocation, dernière audience, pour mon père et moi, à date différée. Verdict : Condamné pour seulement agressions sexuelles sur mineure de 15 ans par ascendant et personne ayant autorité. La peine 4 ans de prison dont 2 avec sursis (sursis refusé quand le juge des applications des peines m’a contacté. De sa prison mon père se servait de personnes extérieures pour me mettre la pression, afin que je signe le document du JAP pour qu’il sorte plus tôt de prison. Ce qui a été signalé avec preuves à l’appui au juge des applications des peines).  À l’issu du procès, j’ai refusé la demande de mon avocate et du juge : des frais de dommages-intérêts pour préjudice moral que j’ai refusé. Ils m’ont alors proposé le "euro symbolique" que j’ai refusé également. Mes motivations ? Je ne voulais rien de lui sauf ses aveux. Je ne voulais pas de son argent "sale". Mon choix et ma décision ont été respecté. J’ai mené ce combat, "mon combat" toute seule, pour "ma survie" "ma reconstruction". J'ai été "qualifiée" par la famille et l'entourage de mon père, de folle, de psychopathe, de skyzophrène, de mythomane, de paranoiaque ... Sans oublier les plus grosses insultes, les menaces de mort, et surtout, surtout ... de vouloir et d'avoir mis un innocent en prison.Il y a environs 5 ans alors qu’à l’époque personne ne me croyais, des membres de ma famille, ont fait des révélations. Mon père aurait fait des attouchements sexuels à une de mes cousines ainsi qu’à une de ses sœurs, que mes frères aussi avaient été battu en secret. Quant à ma propre mère, dans le déni total, sur ces 3 ans de procès, ma psychothérapie m’a permis de lui pardonner, de comprendre qu’il était plus "facile" et "soutenable" de vivre dans le doute plutôt que dans la "culpabilité". 1 an avant la fin du procès, ma mère demanda le divorce.Durant ces 3 longues années de procès, j’ai été présente à toutes les audiences. En face, je voyais ma mère, tous les membres de ma famille, aux bras de mon père, mon bourreau. Quand le verdict est tombé 3 ans plus tard, ce jour-là, ma mère n’était plus avec lui, mais à mes côtés. En sortant du tribunal, elle m’a posé une question : "Qu’est-ce que cela te fait de savoir que ton père va en prison ? C’est tout ce que cela te fait ?" ​​​Ma réponse fût : "Je ne suis ni fière, ni heureuse qu’il aille en prison. Je suis ni triste ni contente. Je viens juste d’obtenir "le maillon manquant" à ma "reconstruction". Je peux enfin renaître et commencer ma vie". Pour clôturer mon histoire, les années se sont écoulées. J’ai 45 ans, une famille, des enfants. Je n’aurai pas pu construire cela si je ne mettais pas "reconstruite" avant. Ce témoignage est une dédicace à toutes celles et ceux (mes sœurs et frères de cœur) qui ont "subis" et qui en souffrent. Je vous souhaite Reconstruction, Reconnaissance et Renaissance.

Date de dernière mise à jour : 01/10/2021

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